Aliénor d'Aquitaine est-elle née à Belin-Béliet ?
La tradition locale fait naître la duchesse au château de Belin. Ce que l'on sait vraiment, ce que les historiens contestent, et ce qu'il reste à voir sur place.
À Belin-Béliet, Aliénor est partout. L'avenue principale porte son nom, la mairie y siège au numéro 29 et abrite sa statue, une boulangerie et un opticien la citent sur leur enseigne. Derrière cette omniprésence, une affirmation tenace : la duchesse d'Aquitaine serait née ici, au château de Belin, vers 1122.
La question mérite une réponse honnête, parce qu'elle a deux moitiés — et que les deux sont intéressantes.
Ce que les historiens ne confirment pas
Disons-le d'emblée : aucun document contemporain ne situe la naissance d'Aliénor à Belin. Les médiévistes ne retiennent pas la tradition locale, et la charte gasconne qui accorderait des privilèges aux habitants au nom de la duchesse est considérée comme apocryphe par les spécialistes.
Les lieux de naissance revendiqués sont d'ailleurs plusieurs en Aquitaine — signe classique d'une figure devenue trop grande pour qu'une seule ville accepte de ne pas l'avoir vue naître. Aliénor devient duchesse d'Aquitaine à quinze ans, reine de France, puis reine d'Angleterre : peu de destins médiévaux se prêtent autant à l'appropriation.
Une page honnête ne peut donc pas écrire « Aliénor est née à Belin-Béliet ». Elle peut écrire quelque chose de plus solide.
Ce qui, lui, est attesté : le château
Le château de Belin a bel et bien existé, et son importance ne relève d'aucune légende. Il est cité dans Garin le Lorrain, chanson de geste médiévale, et il occupe une motte dominant le bourg.
Surtout, il a reçu la cour d'Angleterre à répétition, à l'époque où l'Aquitaine était anglaise :
- Henri III, à plusieurs reprises entre 1232 et 1243 ;
- le prince Édouard en 1255 ;
- Édouard Iᵉʳ en 1288 ;
- Édouard III en 1343.
Ce sont les descendants directs d'Aliénor et d'Henri Plantagenêt. La commune n'a peut-être pas vu naître la duchesse, mais elle a hébergé sa descendance royale pendant plus d'un siècle — ce qui est autrement documenté.
La charte, franchises et redevances
La tradition rapportée par la commune veut qu'Aliénor ait accordé aux habitants de Belin une charte les déclarant « francz et libéraux de totas questas, tailhas, manobres » — exempts de toutes taxes et corvées. Ces franchises auraient ensuite été confirmées par les souverains successifs, jusqu'à Louis XIV en 1643.
C'est cette pièce que les médiévistes tiennent pour apocryphe. Elle n'en dit pas moins quelque chose de vrai : les habitants de Belin ont défendu des franchises pendant des siècles, et ils ont jugé utile de les placer sous le nom d'Aliénor. Une légende qui traverse sept cents ans d'archives locales est un fait historique en soi, même quand son contenu ne l'est pas.
Ce qu'il reste à voir aujourd'hui
Le château a été démantelé progressivement après la Révolution ; la dernière tour disparaît au XIXᵉ siècle, les pierres partant, selon la mémoire locale, alimenter une sablière.
Il subsiste :
- la motte castrale, dite butte d'Aliénor, qui domine encore le bourg de Belin — un site d'évocation, pas des ruines ;
- la statue d'Aliénor, à la mairie, 29 avenue Aliénor ;
- l'église Saint-Pierre de Mons, du XIIᵉ siècle remaniée au XVᵉ, contemporaine de la duchesse et l'un des plus beaux monuments des Landes girondines.
Ne venez pas chercher un donjon : il n'y en a plus. Venez pour le relief, l'église et le fait que ce carrefour de la lande a compté bien au-delà de sa taille actuelle.
Le nom qui a survécu au château
Le plus étonnant est peut-être là : le château a disparu, la charte est contestée, la naissance n'est pas prouvée — et le nom, lui, tient toujours. Il est sur l'avenue, sur la mairie, sur la devanture de O Fournil d'Aliénor et sur celle d'Optique Aliénor.
Une commune de 6 000 habitants continue de se raconter par une duchesse du XIIᵉ siècle. C'est ce qui nous intéresse, au comité des fêtes : une fête de village, c'est exactement ça — une manière de continuer à se raconter.
Questions fréquentes
Aliénor d'Aquitaine est-elle vraiment née à Belin-Béliet ?
La tradition locale l'affirme, mais aucun document d'époque ne l'établit et les historiens ne retiennent pas cette hypothèse. Ce qui est attesté, en revanche, c'est l'existence du château de Belin et les séjours répétés des rois d'Angleterre, descendants d'Aliénor, entre 1232 et 1343.
Peut-on visiter le château de Belin ?
Non : il n'en reste rien de bâti. Démantelé après la Révolution, sa dernière tour a disparu au XIXᵉ siècle. Subsiste la motte castrale, dite « butte d'Aliénor », qui domine le bourg de Belin et se voit librement.
Où voir la statue d'Aliénor à Belin-Béliet ?
À la mairie, 29 avenue Aliénor. L'adresse elle-même dit assez la place qu'occupe la duchesse dans l'identité de la commune.
Quel rapport entre Aliénor et le chemin de Saint-Jacques ?
Belin était au XIIᵉ siècle une étape réputée de la voie de Tours, au point que le Guide du pèlerin y situait le tombeau des compagnons de Roland. C'est ce trafic de pèlerins, contemporain d'Aliénor, qui explique la richesse du bourg et ses deux prieurés.